Artistes confinés

Mai 2020

Alors que nous mettons en ligne ce nouvel outil de communication, de diffusion, le spectacle vivant est toujours confiné.

D’abord, des concerts qui s’annulent les uns après les autres comme un château de cartes. *

Début mars, chacun peut encore aller et venir librement, mais pour les professionnels du spectacle c’est déjà compliqué. Interdictions de se rassembler à plus de mille, puis plus de cent personnes, les salles de spectacles et autres lieux culturels ferment les uns après les autres.

Pour les artistes, ce sont des heures de travail qui s’effondrent. Les nouvelles créations sont mises en stand-by, les représentations sont annulées, reportées, leur statut d’artiste intermittent est en danger.

Les ateliers sont eux aussi interrompus du jour au lendemain, aussi bien au sein du Safran que partout ailleurs (actions culturelles en milieux scolaires, projets «culture-santé» à l’hôpital, en foyers d’accueil, en EHPAD).

Les uns font en sorte de continuer, à distance, d’entretenir les liens qu’ils ont tissés depuis des mois, leur « continuité pédagogique » à eux :

Depuis plusieurs semaines, je reste en lien avec l’association l’ESSOR, qui accueille des adultes en situation de handicap. Chaque semaine, je concocte un petit programme, via WhatsApp pour maintenir le lien, partager encore et toujours malgré la distanciation sociale : relaxation, impros par vidéos interposées, création à distance d’un petit film muet bricolé et fait maison, lecture de contes et poésies par téléphone…Ces échanges, c’est un vrai bonheur. L’art, la culture relie, nous en avons besoin.  (Mathilde Pierson – « Objectif Clown » à Duclair)

Au bout de quelques jours, l’évidence qu’il faut continuer à envoyer de la matière à ma chorale [Ok Chorale]. Alors j’écris en une soirée un arrangement fouillé, évoluant à chaque couplet, d’une chanson qui lui plaît, « Accordéon ». Je décide de l’envoyer partie par partie, en « feuilleton », avec à chaque fois un message chaleureux… les réponses arrivent rapidement, et elles viennent du cœur. C’est bon de sentir que le lien existe toujours. Les chefs de projet de groupes dans lesquels je joue m’envoient des fichiers audios où je peux ajouter ma patte, ou travailler à l’instrument à plusieurs en visioconférence, ce qui ne s’avère pas facile. Qu’importe, accompagnée d’un seul métronome je m’y attelle seule. ( * Isabelle Berteloot )

D’autres, au contraire, n’arrivent plus du tout à créer, honteux de ne pas mettre tout ce temps à contribution, comme une double peine…

D’autres encore refusent de se prêter au jeu de la vidéo car ils considèrent que ce n’est pas leur métier, que le spectacle vivant, le théâtre, doit se confronter aux planches, au public, à l’échange non-virtuel…

D’autres enfin prennent du temps pour eux et leur famille. D’habitude, du temps ils en ont peu en cette période où les dates de représentations s’enchaînent.

La solitude, le repli, me semblent être le comportement juste pour digérer, si faire se peut, ce moment crucial qui atteint une planète entière. Questions, lectures… cela tombe bien, il faut rester chez soi…  pas envie de poster des chansons ou des morceaux… j’ai envie de tranquillité, d’oublier cette exposition si particulière quand on est sur scène. (Isabelle Berteloot)

Dans ce contexte, Gabriel Leroux, unique permanent de l’association, doit – jonglant entre télétravail et vie de famille – se tenir informé des différentes mesures mises en place par le gouvernement et les structures dédiées à la culture, relayer cette matière aux artistes et se débattre avec le « chômage partiel ».

Et, petit à petit, le collectif réussit à nouveau à se réunir, virtuellement.

Retrouvailles avec le collectif dans des réunions. Je sens l’importance pour moi d’en faire partie: c’est une identité, une force de groupe. Le bureau est très présent, converse avec les artistes, et Gabriel est bien là aussi pour nous aider à y voir clair. Des projets vont se former, on va inventer des choses.

La vie repart.

(Isabelle Berteloot)

Les Galettes de Riz

Clown à l’hôpital
en Skype
avec l’EHPAD de Barentin[mai 2020]